( 26 avril, 2012 )

Désertation

Et ainsi tout le monde déserta ce
champ de bataille, affligé par les disputes, détruit par le vide et la
déception. Ils étaient comme des moutons. Voire pire ; des moutons sans
cervelle. Et le no man’s land qui laissait place au champ de bataille était bel
et bien la page entamée que les jeunes écrivains abandonnaient. Certains
effaçaient l’encre effaçable ; d’autres, plus dignes, soldats courageux,
continuer à marcher, à avancer, seuls, vers le camp ennemi : le désert. Il
y avait des intervenants extérieurs, minimes face à cette étendue vide. Ils
tentaient en vain de remotiver les troupes ; enfin les troupes qui n’en
étaient plus. C’était la dispersion. Après tant de temps, à vaincre côte à
côte, à déployer leurs aptitudes, à se réconforter dans les mauvaises passes,
les passes sans inspiration ; voilà ce qu’il en advenait. De pauvres
pantins, à errer sur des terres invisibles, portées par rien. Ce fut leur
choix. Tous ne cochèrent pas cette case si négative ; heureusement. Quelques-uns,
se tendirent la main et, ensemble, décidèrent de se reprendre en main. De tout
donner pour que leurs armes, les plumes, s’agitent, se remettent en route et
réécrivent l’histoire, afin qu’elle ne finisse pas si tragiquement.

CLara COrnélia

( 24 avril, 2012 )

La fille publique

Victor Hugo m’inspire ces vers,

Selma son dessin.

 

La fille publique l’appellait-t-on,

Pour ne pas dire prostituée,

Elle était la honte incarnée,

Et baissait les yeux au passage de ses patrons.

 

Elle n’a pas eu le choix,

La misère guidait ses pas

Vers une maison sinistre,

Où trainaient avocats, étudiants ou même ministres.

 

Lorsqu’on la croisait dans la rue,

Elle se détournait,

Peut-être par peur que l’on perçoive

Tout ce qu’elle ressentait.

 

Ses cheveux reflétaient encore sa jeunesse,

Mais au fond d’elle,

Son enfance volée

La tourmentait plus que sa vaillance frêle.

 

Au fil des siècles,

Il y a toujours eu des filles comme elle.

Mais la misère est telle,

Qu’elles y sont contraintes.

 

Si on ouvrait les yeux,

Des gens comprendraient peut-être

Qu’elles ne s’en sortiront

Seulement si de l’aide on leur prête.

CLara COrnélia

Une fille quelconque.

Une fille quelconque

( 4 mars, 2012 )

Le cheval de guerre

Dans la pénombre de la nuit,

Avec pour seule lumière,

Pour seul repère, la lune,

Il galopait la crinière au vent.

 

Il était sans attache,

A vagabonder dans les plaines,

Dans les plaines du panache,

Il errait sans peine

 

De ses naseaux s’échappait,

Le chaud souffle de sa course effrénée,

Il hennissait à tout va,

Au milieu d’un grand combat.

 

Le cheval de guerre l’appelait-on,

Telle une tornade il sillonnait,

Les champs de bataille enneigés,

Jusqu’à atteindre l’horizon.

 

On avait confiance en lui,

Il était comme le messie,

Il était tous nos espoirs,

Il demeurait le porteur d’histoire.

 

Mais un jour, une triste journée d’automne,

L’éclat d’obus, il ne l’esquiva guère,

Sur le sol il s’allongea ; monotone.

Et dès lors ce fut le début de l’hiver,

Mais aussi la fin de la guerre.

CLara COrnélia

Dessin de Selma, mon inspiratirce adorée <3

Le cheval de guerre dans Clara COrnélia dessinselma0002-300x217

C'est le dessin qui a inspiré ce poème

( 10 février, 2012 )

Révérence


Dans un monde aléatoire comme le nôtre,

Il faut se tenir à carreaux,

En présence des autres,

Il ne faut point dire mots.

 

Sous peine de créer des maux,

On ne doit plus rien dire,

Au risque de se faire haïr

On préfère rester clos.

 

La liberté d’expression dit-on !

Qu’importe lorsque l’on n’en tient pas compte.

 

Ce poème est pour tous ceux qui s’y reconnaitront ;

Certainement moi-même me reflète à travers cet énoncé,

J’y mets tous mes regrets

Et mets un terme à toute conversation.

 

Pourquoi ?

Car dans un monde d’aléatoires, et de lunatiques comme le
nôtre,

La discussion est incertaine,

Face à ceux qui font les bons apôtres,

L’imagination est vaine.

 

Alors on souffre de l’intérieur,

On n’ose guère se dévoiler,

On regarde passer les heures,

Délecté de toute animosité.

 

C’est triste de garder tout pour soi,

Surtout lorsque ce que l’on a à dire est constructif,

C’est affligeant de ne pouvoir définir,

Le fond de ses pensées.

 

L’épée de Damoclès est au-dessus de ma tête.

Je dis un mot de travers,

Fin de cette historiette,

Fin de mes insoutenables vers.

 

CLara COrnélia

Petite musique qui je trouve répond à ce poème, Clara, libre à toi de le laisser ou pas, c’est ton poème après tout :

( 4 février, 2012 )

Sa peau était de marbre

Sa peau était de marbre, recouverte par le sable et la poussière. Ses cheveux tombaient
en cascade le long de la courbe de son dos, ondulés, comme ceux d’une déesse.
Elle avait un nez un peu trop arrondi et son regard fixe semblait me transpercer.

Depuis le bouleversement climatique, un hiver glacial régnait sur le désert africain et
j’entreprenais des recherches lorsque je fis une découverte peu commune.
J’étais seul, comme à  mon habitude, et fouillai le sable gelé.

L’archéologie me passionnait depuis des années et cette fois, à quelques kilomètres au sud de
Marrakech, ma pioche percuta un objet dur. Je m’empressais d’épousseter ma
trouvaille à l’aide de mon pinceau. Soudain, je m’aperçus qu’il s’agissait
d’une main. Je continuai à creuser autour de la main, chasser le sable qui
jouait avec ma patience jusqu’à découvrir ce que je pensais être une statue.
Elle représentait un corps de femme, drapé de soieries. J’estimai son époque
grâce aux vêtements que le froid avait conservés. Il fallait absolument que
j’emporte ce chef-d’œuvre avec moi. Je la soulevai ; trop facilement. Ce
ne pouvait être du marbre. Elle paraissait si fragile, j’avais peur de
l’abîmer, c’est pourquoi j’entamai une dure traversée jusqu’à ma JEEP. J’étais
loin de savoir à quel point cet effort allait changer ma vie.

A cette époque, je travaillais pour mon compte mais je partageais mes recherches et mon
savoir avec les musées. Découvrir la véritable histoire de l’Antiquité
Marocaine me semblait riche de secrets et de promesses. Lorsque je rentrai à
mon point d’attache, Marrakech, je cachai ma découverte dans ma chambre d’hôtel
et m’octroyai un lourd sommeil mérité.

Lorsque je me suis réveillé, la nuit n’avait pas retiré son grand manteau sombre. Un
souffle me caressait la joue avec délicatesse. Je crus apercevoir une ombre
passant au pied de mon lit. Je m’empressai de sortir de mes draps et ressentis
soudain une présence derrière moi. Je me retournai cependant la faible lueur de
ma lampe de chevet ne me permettait pas de discerner qui se cachait derrière
cette silhouette. Je me précipitai pour ouvrir le grand placard dans lequel
j’avais caché la statue. Celle-ci avait disparue. Je fus saisi par la réalité
qui s’imposait à moi. Je devais bien admettre l’irrationnel : la
silhouette n’était autre que la femme aux yeux reflétant l’enfer et aux lèvres
retroussées par une haine dont j’ignorais la provenance. Ses canines étaient
proéminentes et semblaient me promettre des baisers voraces. Je découvrais une
beauté surnaturelle, aussi attirante que dangereuse. Elle me fascinait par son
attitude révoltée. Mais je ne pouvais croire que la femme qui me faisait face
était un vampire. Soudain elle poussa un grognement animal ; il ne pouvait
s’agir d’un humaine. Elle avançait vers moi, de manière inquiétante, glissant
sur le sol, frôlant les murs, disparaissant pour ressurgir encore derrière moi.
Mon cœur s’affolait. Je pivotais sur moi-même pour suivre la danse macabre de
cette femme mortellement belle. Que me voulait-elle ? Accepterait-elle de
passer un pacte afin que j’aie la vie sauve ?

Soudain, elle se précipita sur moi avec une violence inouïe, je basculai en
arrière ; elle ne me laissa pas le temps de me relever. Elle m’empoigna,
me redressa, me souleva pour m’envoyer percuter ma table de chevet. Elle
sourit ; dévoilant ses canines acérées. Il fallait que j’agisse ;
vite. Avec la force du désespoir, je me redressai et courus vers la porte. Plus
vite que le vent, elle se positionna devant la porte. Cette fois-ci, elle rit à
gorge déployée de sa voix grave et rocailleuse. J’étais misérable ; je
n’avais aucune chance d’échapper à cet être du diable.

L’instinct de survie je présume, mais je rassemblai tout de même mes idées. Que savais-je
sur les vampires ? Excepté les théories de Bram Stocker, rien. Un pieu en
bois, de l’ail, une croix de fer, je ne possédais rien de tout cela. Ma seule
pensée dès lors fut de tenter de conclure un pacte avec ce démon. Elle approcha
son visage du mien. Il était envoûtant. Elle me susurra à l’oreille d’une voix
mielleuse ces quelques mots :

-Que
fait-on ?

-Un
pacte ?

Son silence me laissait présumer la réponse. Une lueur sauvage éclaira son regard. Elle me
prit par les épaules et me jeta au loin. J’atterris sur l’arrête  du placard. Je crus alors que ma dernière
heure avait sonné. Un liquide chaud dégoulina le long de ma nuque. Je palpai
mon crâne et vis ma main ensanglantée. Je levai un dernier regard vers le
vampire et ma surprise fut à la hauteur du dégoût que je lus dans ses yeux. Le
dos cambré, les mains tordues, le visage déformé par l’horreur et
l’inquiétude ; je rencontrais le seul vampire qui ne supportait  pas la vue du sang.

CLara COrnélia

( 2 février, 2012 )

La liberté selon un pessimiste

 

« Moi je n’irais plus à l’école. »

C’est ce que répondent de nombreux écoliers à la question, si vous étiez libre, qu’est-ce que vous feriez ? Mais pourquoi cette réaction ? Il est vrai que l’on peut se sentir un petit peu enfermé dans cet établissement. Mais ce ne serait pas le cas si certaines personnes ne profitaient pas de la liberté. Voilà la question cruciale : Jusqu’où va la liberté ?

On nous impose des leçons sur la liberté mais, est-ce que la liberté ne serait pas différente pour chacun ? Pour l’un ce sera de pouvoir circuler à son gré comme bon gré lui semble, pour l’autre, ce sera de monter au sommet de la tour Eiffel et de redescendre en montgolfière.

C’est vrai, la liberté est différente pour chacun. Mais, oui je sais encore un « mais », n’y a-t-il pas des limites ? Un dicton que je trouve très juste déclare que la liberté de chacun s’arrête où celle de l’autre commence. Et c’est malheureusement la vérité. Pourquoi chacun va d’abord penser à lui ? Parce que, certains cachent bien leur jeu en se montrant généreux et sans égoïsme mais le cerveau humain est programmé sur « ego » (-je- en latin, pour ceux trop fainéants qui ne se sont intéressé qu’au strict minimum de l’éducation). Bien que l’éducation de nos jours ne soit plus celle qui prépare à être une bonne personne. Il faut des limites à tout, c’est bien triste. Les gens ne savent plus trouver le juste équilibre. A mon avis, la meilleure personne sera celle qui sera vraiment franche. Peu importe qu’elle soit égoïste ou pas, libre ou non, blanche ou noire, de droite ou de gauche, celle qui ne sera pas hypocrite gagnera à être sincère. La liberté n’est méritée que par ceux qui la voient comme elle est ; invisible.

CLara COrnélia

 

( 1 février, 2012 )

L’immeuble d’en face

Tu regardes l’immeuble d’en face.

Je suis assis sur la terrasse d’un café ;

Tu es dos à moi

Et tu contemples ce qui s’impose à toi.

Tu patientes, mais tu n’attends rien.

Tu rêves, tu imagines, tu inventes.

 

Quand tu regardes l’immeuble d’en face,

Tu peux tout t’imaginer.

Les propriétaires, sont-t-il avares et grincheux ?

Se pourrait-t-il qu’ils soient des êtres bouleversants ?

Ou peut-être même choquants ?

 

Mais, tu regardes l’immeuble d’en face

Et tu es loin de savoir ce qui se passe réellement à
l’intérieur.

Tu  plisses les yeux,

Une forme vient de bouger derrière le rideau

Alors tu te lèves ; simple curiosité.

 

Tu marches vers l’immeuble d’en face

Tu tends ton bras vers le rideau

Et le lèves.

C’est un taré qui se prend pour Marilyn Monroe.

Rien d’intéressant.

 

Tu ne regardes plus l’immeuble d’en face ;

Maintenant que tu as découvert son secret,

Il ne t’intéresse plus.

Alors je ne vais pas m’approcher,

De peur que tu ne découvres, mon secret.

CLara COrnélia

( 31 janvier, 2012 )

Le port aux ivrognes

Avec rage j’écris ces mots

Qui ne me coûtent qu’ignominies,

Mais que ferais-je pour clamer

L’horreur de cette vie.

 

Elle était sur le port,

Le port aux ivrognes,

Mon port à moi,

Mon piètre chez moi.

 

Elle courait,

A ses trousses des fous,

Leurs mains en avant

Pour agripper leur joujou.

 

Je voyais cela

Empli d’une rage impuissante,

Ç’aurait pu être moi,

Un de ces hommes à la tenue navrante.

 

Alors j’écris ce que je pense,

Derrière moi des clameurs,

Encore ces offenses

Qui font le malheur

D’une pauvre femme au grand cœur.

 

Mais écrire ne les arrêtera pas,

Quelle bande malfrats !

Sous les huées de gamins ivrognes

J’empoigne l’eau de cologne,

La déverse sur le bar ;

Que je quitte ce cauchemar.

CLara COrnélia

( 30 janvier, 2012 )

Monologue

Les mots sont sans retour.

On a beau tendre l’oreille,

Ils ne reviendront pas.

CLara COrnélia

( 29 janvier, 2012 )

Le livre des réalités

Le livre est devant elle,

Sur l’étagère ;

Elle n’a qu’à tendre le bras

Et le coincer entre son pouce et son index,

Comme elle le fait si souvent.

Mais une force contraire la retient ;

Son titre est inscrit dans ses yeux

Comme tachés à jamais ;

Sa tranche est comme lointaine et proche à la fois

A portée irréaliste.

Non ! Ne t’en va pas.

Elle a crié,

Le son est sorti de sa bouche

Ou plutôt de son cœur

Avec une puissance inouïe.

Le livre est toujours là,

Il semble la fixer et la narguer

Du haut de ses quelques pages.

Mais elle sait,

Elle sait qu’elle vient de trouver,

Coincé entre Zola et Maupassant,

Le livre des réalités.

De CLara COrnélia

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